Читаем Le passager полностью

Il déposait sa tasse sur un égouttoir quand une voix l’interpella :

— Jeannot ?

Janusz se retourna. Un petit homme, bonnet noir et doudoune ceinturée par une ficelle, se tenait devant lui. Dans ses yeux, brillait le miracle tant attendu : une lueur de reconnaissance.

— Jeannot, c’est bien toi ?

— Je m’appelle Janusz.

— C’est ça. Jeannot. (L’homme éclata de rire.) Bon Dieu, t’as perdu la boule ou quoi ?

Il ne répondit pas. Cette gueule ne lui disait rien.

— Shampooing, continua l’autre.

D’un geste, il arracha son bonnet. Complètement chauve. Il se frotta le crâne.

— Shampooing, tu captes ? T’es pas malade de revenir ici ?

— Pourquoi ?

— Bon Dieu, t’as encore dû t’enfiler des litres…

— Je… je bois ?

— Comme un trou, mon pote.

— Pourquoi je devrais pas revenir ?

— À cause des flics. À cause du reste.

Derrière eux, les tremblements continuaient. Des cris, des rires, des trépidations. Le foyer se réveillait. De la seule manière possible : en forme de cauchemar.

Janusz attrapa par le bras Shampooing et l’entraîna dans un coin tranquille, près des Thermos et des confitures.

— J’me rappelle rien, tu piges ?

Le chauve prit un ton fataliste, en se grattant le crâne :

— Ça nous arrive à tous un jour ou l’autre…

— Où on s’est connus ?

— Chez Emmaüs. Tu bossais là-bas.

Voilà pourquoi personne ne le reconnaissait dans la rue. Janusz n’était pas un chien errant. Il avait sa niche. Le foyer Emmaüs de Marseille. Il songea au type qu’il avait rencontré dans le train de Biarritz. Daniel Le Guen. Un compagnon d’Emmaüs. Il aurait dû commencer son enquête par cette piste.

Le raffut devenait insupportable. Des agents sociaux arrivaient. D’autres ouvraient les portes. Il fallait libérer les bêtes. Il fallait profiter de la bousculade.

— Cassons-nous, souffla-t-il.

— Mais j’ai pas p’tit-déjeuné !

— Je te paye un café dehors.

On le bouscula contre les égouttoirs. Un attroupement venait de se former. Sans doute une bagarre, avec son lot d’encouragements et de partisans. Janusz attrapa plus fermement le bras de Shampooing et le poussa vers la sortie.

— On y va.

En passant, il lança un bref regard vers le groupe. Ce n’était pas une rixe. Une femme venait de s’effondrer sur le sol. Immobile, comme morte. Il écarta les autres à coups de coude et se fraya un chemin jusqu’à elle. Un genou au sol, il se livra à un rapide examen. Elle vivait encore.

Se penchant, il respira une forte odeur de pomme. Mieux qu’un indice — une explication. Cette odeur était celle de l’acétone qui saturait sa peau. Un coma diabétique, survenu à la suite d’une acidocétose. Soit la femme ne suivait pas son traitement d’insuline, soit elle n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Dans tous les cas, il fallait lui injecter en urgence une dose de Glucagon. Puis la mettre sous perfusion glucosée.

Une vérité implicite éclata sous son crâne. Aucun doute : il était médecin.

En forme de confirmation, Shampooing braillait dans son dos :

— Laissez-le faire ! J’le connais ! Il est toubib !

Les clochards beuglaient, riaient, tremblaient. Chacun y allait de son conseil :

— Faut la faire respirer dans un sac !

— Du bouche-à-bouche ! J’veux lui faire du bouche-à-bouche !

— Faut appeler les flics !

Les agents arrivèrent enfin. Janusz se releva et s’esquiva discrètement. Un toubib allait arriver, de toute façon. Shampooing était toujours là, gesticulant, jouant les urgentistes.

Janusz l’attrapa de nouveau par le bras et le tira jusqu’à la cour.

Les grilles étaient ouvertes. Les clodos commençaient à rejoindre leur brousse de béton et de fumée. Il fallait faire vite. Le chauve freina des deux baskets :

— Attends ! Faut qu’je récupère mon paquetage !

Ils perdirent encore cinq minutes à la consigne puis filèrent, croisant une ambulance sur le seuil du portail. Ils remontèrent à pas rapides le boulevard. Son impression de la veille était la bonne : le quartier était en pleine rénovation, ce qui impliquait d’abord une vague de destruction. Les chantiers alternaient avec des immeubles décrépits aux fenêtres murées. Au centre de l’artère, un pont autoroutier surplombait ce no man’s land en mutation.

Janusz aperçut des SDF qui se prosternaient le long d’une façade aveugle. Des rabbins au pied du mur des Lamentations.

— Qu’est-ce qu’ils foutent ?

— Ils récupèrent leur bibine. Le vin est interdit au foyer. On planque nos réserves dans les fissures du mur. Comme ça, on perd pas de temps au réveil. Parfois même, on s’relève la nuit pour aller téter. Ni vu ni connu, mon gars… Où on va ?

Sans réfléchir, Janusz répondit :

— J’ai besoin de voir la mer.

48

LA BARAQUE des Bonfils était en pièces détachées.

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