Читаем Le passager полностью

Le fourgon s’arrêta plusieurs fois. Il regarda dehors. Tandis que les assistants ramassaient de nouveaux débris, d’autres hommes exhortaient des femmes sans âge, en doudoune et minijupe, à les suivre dans une camionnette.

— Des putes…, murmura Bernard. On les emmène à Jeanne-Panier.

Sans doute un autre foyer… De nouveaux passagers entrèrent dans le fourgon. On commençait à manquer de place. Le chanteur n’arrêtait pas de brailler, sans mesurer l’ironie implicite de son texte :

— Ils m’entraînent au bout de la nuit / Les démons de minuit / Ils m’entraînent jusqu’à l’insomnie / Les fantômes de l’ennui !

Trois jeunes hommes venaient de s’installer à l’autre bout de la cabine, sans un mot. Ils ne paraissaient ni soûls, ni sales, mais au contraire éveillés et bien lucides. Ce qui ne leur donnait pas un air amical. Ils semblaient même beaucoup plus dangereux que les autres.

— Des Roumains…, chuchota Bernard.

Janusz se souvint. À Pierre-Janet, on en accueillait parfois. Des repris de justice d’Europe de l’Est, pour qui les foyers populaires de France faisaient figure de palaces cinq-étoiles comparés aux prisons slaves.

— T’approche pas d’eux, ajouta Bernard. Ils tueraient leur mère pour un ticket-restaurant. Mais surtout, ce sont nos papiers qui les intéressent.

Janusz ne quittait pas des yeux les trois prédateurs. Ils l’avaient repéré en retour : clochard d’emprunt, aux mains lisses et à la crasse superficielle. Il était l’homme à agresser cette nuit. Le seul qui aurait plus d’un euro en poche. Il se jura de ne pas dormir. En réponse, il sentait les courbatures d’épuisement lui barrer les membres. Il chercha au fond de sa poche le contact de son Eickhorn. Serra le couteau comme un fétiche.

Le Jumpy ralentit. Ils arrivaient. Le quartier était en voie de destruction — ou de reconstruction. Impossible de décider à cette heure. Un pont autoroutier surplombait l’avenue, comme un monstre de légende menaçant une ville antique. Tout était noir. Sauf de hautes grilles, violemment éclairées par des projecteurs puissants. Un panneau indiquait : UNITÉ D’HÉBERGEMENT D’URGENCE. Une foule vociférante, gesticulante, se pressait devant les barreaux. Les démons de minuit

— La Madrague, mon gars, fit Bernard. On peut pas tomber plus bas. Y z’acceptent tout le monde, sauf les enfants… Après ça, y a plus que le cimetière.

Janusz ne répondit pas. Il était agrippé, fasciné par ce qu’il voyait. Devant les grilles, des hommes en combinaison noire, gantés, cagoulés, sanglés de dossards jaune fluorescent, contrôlaient les entrées. Au-dessus d’eux, sur le toit d’un des bâtiments, des chiens en cage aboyaient, rugissaient dans la nuit. Sans doute les bêtes des sans-abri, mais Janusz songea à Cerbère, le chien à trois têtes qui gardait l’entrée des Enfers.

— Terminus ! Tout le monde descend !

Chacun se leva, attrapa ses affaires et descendit du bus. Des bouteilles roulèrent au sol. Certaines éclatèrent dans les flaques d’urine.

Le chanteur lança une blague :

— Y a que des cadavres ici ! Des cadavres de bouteilles !

Content de sa boutade, il fonça tête baissée, style rugbyman, poussant les autres, provoquant une vague de protestations. On descendait. On dégringolait. On se répandait. Le tableau évoquait une poubelle renversée sur le trottoir. Des hommes emmitouflés attendaient déjà, karcher en main, prêts à nettoyer les traces de leur passage.

Devant les grilles, c’était le chaos.

Quelques-uns tentaient un passage en force, poussant leur caddie ou leurs sacs devant eux. D’autres frappaient les barreaux avec leurs béquilles. D’autres encore excitaient les chiens, en lançant des canettes au-dessus de l’enclos. Les agents sociaux tentaient de maîtriser le flux et d’ordonner la file vers l’entrée — la porte entrouverte n’autorisait le passage que d’une seule personne à la fois.

Janusz faisait partie de la mêlée. Il baissait la tête, rentrait les épaules, tentait d’oublier où il se trouvait. Au moins, il n’avait plus froid. Il se retrouva contre la grille, à moitié broyé par la masse. À travers les axes d’acier, il vit la file d’attente dans la cour qui se déroulait jusqu’au premier bâtiment. Un comptoir d’accueil était illuminé. On se battait tout autour. Des bouteilles volaient. Des hommes roulaient à terre…

Bernard avait raison : il n’avait encore rien vu.

43

— TON NOM ?

— Michael Jackson.

— T’as des papiers ?

Gros rire en réponse. Un agent social poussa le sac à puces vers la droite. Un autre déboula face à la lucarne vitrée du comptoir.

— Ton nom ?

— Sarkozy.

Le type de l’accueil demeurait imperturbable :

— Des papiers ?

— À ton avis, ducon ?

— Sois poli.

— Je t’emmerde.

— Au suivant.

Перейти на страницу:

Похожие книги

Чикатило. Явление зверя
Чикатило. Явление зверя

В середине 1980-х годов в Новочеркасске и его окрестностях происходит череда жутких убийств. Местная милиция бессильна. Они ищут опасного преступника, рецидивиста, но никто не хочет даже думать, что убийцей может быть самый обычный человек, их сосед. Удивительная способность к мимикрии делала Чикатило неотличимым от миллионов советских граждан. Он жил в обществе и удовлетворял свои изуверские сексуальные фантазии, уничтожая самое дорогое, что есть у этого общества, детей.Эта книга — история двойной жизни самого известного маньяка Советского Союза Андрея Чикатило и расследование его преступлений, которые легли в основу эксклюзивного сериала «Чикатило» в мультимедийном сервисе Okko.

Алексей Андреевич Гравицкий , Сергей Юрьевич Волков

Триллер / Биографии и Мемуары / Истории из жизни / Документальное
Дневник моего исчезновения
Дневник моего исчезновения

В холодном лесу на окраине глухой шведской деревушки Урмберг обнаруживают пожилую женщину. Ее одежда разодрана, волосы растрепаны, лицо и босые ноги изранены. Но самое страшное – она ничего не помнит.Эта несчастная женщина – полицейский психолог Ханне Лагерлинд-Шён. Всего несколькими неделями ранее она прибыла со своим коллегой Петером из Стокгольма, чтобы расследовать старое нераскрытое дело: восемь лет назад в древнем захоронении были обнаружены останки пятилетней девочки.Ханне страдала ранней деменцией, но скрывала свою болезнь и вела подробный дневник. Однако теперь ее коллега исчез, дневник утерян, а сама Ханне абсолютно ничего не помнит о событиях последних дней.Ни полиция, ни Ханне не догадываются, что на самом деле дневник не утерян бесследно. Вот только теперь им владеет человек, который не может никому рассказать о своей находке…

Камилла Гребе

Триллер