Читаем Comme un roman полностью

De celui-ci, il ne reste que deux alexandrins, gravés très haut dans la fonte d’une chasse d’eau, et qui comptent parmi les plus somptueux de la poésie française :

Oui je peux sans mentir, assieds-toi, pédagogue,Affirmer avoir lu tout mon Gogol aux gogues.

( De son côté, le vieux Clemenceau, « le Tigre », un fameux soldat lui aussi, rendait grâce à une constipation chronique, sans laquelle, affirmait-il, il n’aurait jamais eu le bonheur de lire les Mémoires de Saint-Simon. )

8

Le droit de grappiller

Je grappille, nous grappillons, laissons-les grappiller.

C’est l’autorisation que nous nous accordons de saisir n’importe quel volume de notre bibliothèque, de l’ouvrir n’importe où et de nous y plonger un moment parce que nous ne disposons justement que de ce moment-là. Certains livres se prêtent mieux que d’autres au grappillage, composés qu’ils sont de textes courts et séparés : les œuvres complètes d’Alphonse Allais ou de Woody Allen, les nouvelles de Kafka ou de Saki, les Papiers collés de Georges Perros, ce bon vieux La Rochefoucauld, et la plupart des poètes…

Cela dit, on peut ouvrir Proust, Shakespeare ou la Correspondance de Raymond Chandler n’importe où, grappiller ça et là, sans courir le moindre risque d’être déçus.

Quand on n’a ni le temps ni les moyens de s’offrir une semaine à Venise, pourquoi se refuser le droit d’y passer cinq minutes ?

9

Le droit de lire à haute voix


Je lui demande :

– On te lisait des histoires à voix haute quand tu étais petite ?

Elle me répond :

– Jamais. Mon père était souvent en déplacement et ma mère beaucoup trop occupée.

Je lui demande :

– Alors, d’où te vient ce goût pour la lecture à haute voix ?

Elle me répond :

– De l’école.

Heureux d’entendre quelqu’un reconnaître un mérite à l’école, je m’exclame, tout joyeux :

– Ah ! Tu vois !

Elle me dit :

– Pas du tout. L’école nous interdisait la lecture à haute voix. Lecture silencieuse, c’était déjà le credo à l’époque. Direct de l’œil au cerveau. Transcription instantanée. Rapidité, efficacité. Avec un test de compréhension toutes les dix lignes. La religion de l’analyse et du commentaire, dès le départ ! La plupart des gosses crevaient de trouille, et ce n’était que le début ! Toutes mes réponses à moi étaient justes, si tu veux savoir, mais rentrée à la maison, je relisais tout à voix haute.

– Pourquoi ?

– Pour l’émerveillement. Les mots prononcés se mettaient à exister hors de moi, ils vivaient vraiment. Et puis, il me semblait que c’était un acte d’amour. Que c’était l’amour même. J’ai toujours eu l’impression que l’amour du livre passe par l’amour tout court. Je couchais mes poupées dans mon lit, à ma place, et je leur faisais la lecture. Il m’arrivait de m’endormir à leurs pieds, sur le tapis.

Je l’écoute… je l’écoute, et il me semble entendre Dylan Thomas, saoul comme le désespoir, lisant ses poèmes de sa voix de cathédrale…

Je l’écoute et il me semble voir Dickens le vieux, Dickens osseux et pâle, tout près de la mort, monter sur scène… son grand public d’illettrés soudain pétrifié, silencieux au point qu’on entend le livre s’ouvrir… Oliver Twist… la mort de Nancy… c’est la mort de Nancy qu’il va nous lire !…

Je l’écoute et j’entends Kafka rire aux larmes en lisant La Métamorphose à Max Brod qui n’est pas sûr de suivre… et je vois la petite Mary Shelley offrir de grandes tranches de son Frankenstein à Percy et aux copains médusés…

Je l’écoute, et apparaît Martin du Gard lisant à Gide ses Thibault… mais Gide ne semble pas l’entendre… ils sont assis au bord d’une rivière… Martin du Gard lit, mais le regard de Gide est ailleurs… les yeux de Gide ont filé tout là-bas, où deux adolescents plongent… une perfection que l’eau habille de lumière… Martin du Gard est furax… mais non, il a bien lu… et Gide a tout entendu… et Gide lui dit tout le bien qu’il pense de ces pages… mais, tout de même, qu’il faudrait peut-être modifier ceci et cela, par-ci et par-là…

Et Dostoïevski, qui ne se contentait pas de lire à voix haute, mais qui écrivait à haute voix… Dostoïevski, à bout de souffle, après avoir hurlé son réquisitoire contre Raskolnikov ( ou Dimitri Karamazov, je ne sais plus )… Dostoïevski demandant à Anna Grigorievna, l’épouse sténographe : « Alors ? D’après toi, le verdict ? Hein ? Hein ? »

Anna : Condamné !

Et le même Dostoïevski, après lui avoir dicté la plaidoirie de la défense… : « Alors ? Alors ? »

Anna : Acquitté !

Oui…

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